Richesse et éclectisme de la chorégraphie flamande
Par Jean-Marc Lachaud
Au tout début des années 80, de jeunes artistes flamands enrichissent par leurs provocations la scène chorégraphique belge. L’intensité de leur engagement artistique retient l’attention du public et de la critique et, rapidement, une reconnaissance internationale souligne la richesse de leurs productions débridées. Depuis vingt ans, la danse flamande est devenue une référence incontournable dans le champ de la danse contemporaine.
La dénomination « danse flamande » est-elle légitime pour définir une réalité éclatée ? Pour Kurt Jooss, selon l’analyse de Laure Guilbert (1), les « courants stylistiques » de la danse ne peuvent être « enfermés dans un espace géopolitique déterminé. » D’autre part, au regard de la diversité des intentionnalités chorégraphiques développées par ces défricheurs, elle semble réductrice. Certes, comme le remarque Katia Verstockt (2), en rappelant la précarité et l’isolement dans lesquels ces chorégraphes inventèrent leurs partis-pris, leurs pièces s’imposent « loin des modes et tendances américaines, allemandes et françaises qui ont dominé les années 70 et 80. » Mais, « rien ne les lie artistiquement. »
Par tâtonnements successifs, dans la ferveur de l’expérimentation, avec la vivacité de ceux qui repoussent sans cesse les limites de leur art, chacun élabore son langage et fouille des horizons différents. Peut-être pouvons-nous considérer qu’une pratique du décloisonnement, un certain attrait pour la transdisciplinarité et pour le mélange, caractérisent leurs architectures chorégraphiques. Ainsi, si le surgissement de ces danses se manifeste au cœur d’une région qui accède à son autonomie culturelle (alors que s’accroît sa puissance économique et que se réveillent des velléités de replis communautaires face à Bruxelles et à la Wallonie), si les institutions flamandes on promu les représentants de cette génération « ambassadeurs de Flandre », il n’est pas sérieux de rassembler ces personnalités hétérogènes sous une étiquette identitaire et d’uniformiser leurs gestes artistiques singulières. Le bref panorama que nous proposons ici, le prouve.
1. Guilbert, Laure, Danser avec le IIIe Reich, Bruxelles, Ed. Complexe, 2000, p. 99.
2. Verstockt, Katia, « La vague flamande », in Danser maintenant, ouvrage collectif, Bruxelles, CFC-Editions, 1990, p. 88.