Extrait d’un article de David Langlois-Mallet publié dans l’hebdomadaire Politis :
« L’ambition la plus hardie du paysage de la critique culturelle. Là où tant de rubriques se résument à relayer la publicité – tant l’intention de leurs journalistes semble une injonction : « Achetez… » – ou à entretenir le savant mystère de la supériorité distinguée du rédacteur, Cassandre s’adresse à ceux des lecteurs qui ne veulent pas de réponses prêtes en 5 minutes au micro-ondes à des questions telles que : « Que « faut-il » voir cette semaine ? », « De quel film parle-t-on ? », « Qu’écoute-t-on ? », etc. Bref, comment alimenter la consommation culturelle mainstream vers les bacs de la Fnac la plus proche.
Cassandre, en un sens anti-Télérama, renverse la question culturelle par une question politique. La revue se demande où et comment les questions qui agitent notre société rencontrent un art vivant d’aujourd’hui. Un art exigeant, qui sache nous troubler, faire sens, réactiver en nous des valeurs intemporelles de notre humanité. Mais la revue, à l’heure du triomphe des hypermarchés culturels et des clubs privés, ne se limite pas à un guide des petites épiceries fines ouvertes la nuit pour les heureux consommateurs d’art bio. Cassandre entend donner des repères, dans une société où les intérêts privés les confisquent, pour jalonner notre propre aventure culturelle et politique.
Elle débusque bien sûr les endroits où « ça » se passe, ces points de contact (troupes, lieux, artistes, penseurs, …) entre l’exigence artistique et le désir d’humanité, autrement dit un art politique. Mais surtout elle en explore les processus avec l’ambition de doter le lecteur d’un solide bagage.
Une ambition non usurpée d’être une école de pensée critique à l’aune de notre exception culturelle française dont elle pose la critique radicale : « Un système de relations marchandes et/ou pseudo-élitistes ne nous laisse d’autre choix que d’être clients, initiés ou exclus », fusille plutôt qu’il n’écrit Nicolas Roméas, le directeur de la revue, en introduction à l’ouvrage de référence 1995-2005, 10 ans d’action artistique.
Une petite lumière, lampe-tempête, qui porte loin « un art préoccupé de son temps, qui recrée artistiquement dans l’instant où il est vécu la communauté humaine actuelle et immémoriale, la vraie, celle à laquelle j’appartiens », écrit Roméas…
« celle des tragédiens et celle des slammers. » »
David Langlois-Mallet, Politis n°891, 2 mars 2006.